pq témoigner...? Suite...

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# 16/08/2012 à 16:31 Butterfly
... je cultivai précieusement mon amour pour lui, comme une fenêtre ouverte sur un monde plus attrayant... je devins "guide" dans sa troupe, ce qui me permit de m'ouvrir de plus en plus au monde extérieur ... et lui fis part de mes sentiments pour lui lorsque j'eus un peu plus de 14 ans... il en avait près de 19... et ma surprise fut très grande lorsqu'il me couvrit de baisers et que notre relation démarra.... c'était un conte de fées...le crapaud embrassé par le Prince ... c'est, encore à ce jour, la meilleure sensation dont je me souvienne......
Je l'ai dit, c'était mon Prince, mon Dieu...beau, intelligent, ouvert, cultivé, étudiant en médecine vétérinaire... nous nous écrivions des lettres profondes et enflammées chaque jour...non seulement je l'aimais et me sentais aimée en retour, mais il semblait que j'avais acquis aux yeux de ma famille, de mes parents -qui l'appréciaient beaucoup depuis longtemps- une importance toute nouvelle pour moi... et c'est cela qui a beaucoup joué, je crois, dans la descente aux enfers que j'ai vécu par la suite...

Pendant 3 ans, jour après jour, ce fut le paradis... amour, rencontres, sorties, amis, familles... nous partagions tout... je grandissais, plus sûre de moi...je commençais des études supérieures, je développais mon esprit critique, mon propre réseau de relations... et une nuit, je me réveillai à ses côtés avec la sensation d'avoir reçu une gifle... oui, j'avais reçu une gifle en pleine nuit ... il a nié, m'a dit que j'avais rêvé... et je me suis dit qu'il devait avoir raison... mais il devenait de plus en plus souvent taciturne, maussade, parfois cassant avec moi... je mettais cela sur le compte de ses études, épuisantes...et de mon caractère qui s'affirmait... je ferais attention à le ménager, comme m'avait suggéré ma mère car "tu n'es pas facile non plus..."... c'est à la fin de ma première année d'études supérieures que l'enfer s'est ouvert sous mes pieds... je le questionnai un jour sur son humeur taciturne, sur ses possibles soucis ... sa réponse fut un véritable déchaînement de violence... sous les insultes les plus abjectes, il me frappait, il m'étranglait...il fit voler au loin, par la violence d'une gifle, les boucles d'oreille qu'il m'avait offert quelques semaines avant... je me revois les chercher à 4 pattes dans la pièce à travers mes larmes... lorsque je voulus quitter la chambre, il m'obligea à rester, à écouter ses insultes et ses hurlements en montant dans la corniche et menaçant de sauter si je quittais la pièce.....

Lorsqu'il me congédia enfin, je fis le chemin jusqu'à chez moi en courant... choquée, hébétée,... je racontai la scène à mes parents (qui n'éteignirent même pas la tv pour l'occasion...), qui s'en étonnaient, sans plus... "oui, c'est bizarre... qu'est-ce qui lui prend..?"... je m'éloignai pendant les 2 semaines du blocus mais il s'excusait par téléphone, "il ne voulais pas me perdre", "il ne comprenait pas ce qui lui avait pris",... et je lui ai proposé de prendre un appart ensemble là où nous étudiions... nous serions moins fatigués par les trajets...

Bien sûr, rien ne s'est arrêté ... les coups, les menaces, les excuses, le charme qui revient, la peur qui s'installe... je l'ai quitté à 20 ans, prenant seule un appart... mais on ne quitte pas si facilement quand on a peur de n'être rien... je l'ai laissé revenir dans ma vie mais je gardais quand même des distances... il me disait qu'il avait développé un cancer et était en traitement : le doute était en moi... je ne l'ai jamais cru totalement car ce qu'il me disait était trop flou, sentait l'invention... mais, on ne sait jamais...et puis, après tout : s'il mentait à ce point, c'est qu'il devait vraiment m'aimer... je fus enceinte... et je pris la décision d'avorter après une séance de jalousie et de menaces... je décidai ferment cette fois que je ne pouvais en tolérer plus... je lui dit avoir fait une fausse couche et m'installai cette fois loin de lui... il ne connaissait pas mon adresse... je n'avais pas le téléphone... et ce fut sa mère qui me téléphonait au travail pour me dire à quel point son petit souffrait, qu'il était mal, qu'il passait toutes ses soirées à la gare, guettant les trains dans lesquels je n'étais pas... je me laissai appitoyer et nous reprîmes contact... après tout, j'habitais loin de lui, il avait son boulot, moi le mien... je le connaissais mieux...je me sentais plus armée...nous nous sommes vus une à deux fois par semaine pendant une année, ... cette fois, nous nous étions trouvés, pardonnés etc... et nous décidions de nous marier et d'emménager ensemble....tout le monde semblait content : nos familles, nos amis, nous-mêmes... la violence semblait loin... comme un cauchemar qui s'efface...

Le mariage ne se fit pas... il me déclara un jour ne pas se "sentir prêt" ... nous emménagions donc ensemble et je fus enceinte rapidement... j'étais heureuse plus que jamais... j'avais retrouvé mon Amour, mon Prince... je portais son enfant... pourtant, la violence revint,par touches ... elle était plus subtile... c'était le regard, qui tout d'un coup me glaçait mais ce n'était qu'un nuage noir passant devant le soleil... le temps de s'inquiéter, c'était déjà parti... j'accouchai d'une magnifique petite fille... et les nuages noirs revinrent s'imposer, plus nombreux... les colères soudaines, les menaces de me faire du mal, de nous tuer tous en dernier recours... je m'enfuis un matin lorsqu'il dormait, ma petite dans les bras, la peur au ventre qu'il se réveille... laissant un mot pour ne pas qu'il me suive "... je vais chercher du pain..."... me réfugier chez mes parents... le même jour, ma grand-mère était hospitalisée, mourante ma détresse ne fut pas comprise.... je pris un rdv avec un psychiatre et proposai à G. de suivre une solide thérapie de couple pour enrayer cette violence.... la violence physique et les menaces furent, dès ce moment, désamorcées et ne revinrent plus... mais les regards noirs, la peur sourde toujours présente, comme une ombre qui ne me quitte plus, les colères, les remarques blessantes "voilà la femme que j'aurais dû épouser", parlant d'une autre que moi...la rancune accumulée, le silence ténébreux qui s'installe vis-à-vis de moi, le mépris que je sens ... lles vrais amis aussi, rares... précieux... qui ne comprennent pas ce qui me retient à lui... qui m'encouragent à être forte... il y a ma fille, bien sûr...car son papa est un "papa calins", qui rit et joue avec elle quand maman est toujours triste... je réussis à l'éloigner de ma maison, de moi... ma fille se blesse grièvement en tombant d'un toboggan alors que je suis avec elle... urgences, opération, nuit à l'hôpital où son papa vient me rejoindre... je me sens coupable de cet accident...magnanime, il me pardonne, me soutient... revient dans notre vie par la grande porte... et tout recommence, bien sûr... mais là, c'est fini... je n'ose plus en parler car quoi... "est-ce que j'aime ça, finalement...?",...je ne sais plus comment me qualifier moi-même... idiote..? masochiste..?... le psy m'assure pourtant qu'il y a une bonne raison pour que nous soyons ensemble depuis tant d'années... je cherche mais je vais de plus en plus mal ...surtout, il y a ce sentiment terrible que c'est moi, la cause de tout cela...que c'est moi qui ai toujours été mal dans ma peau, que c'est moi qui doit disparaître de leur vie et leur laisser une chance... je profite d'une période où ma fille passe quelques jours chez ma soeur ... alcool, médicaments... il ne dit rien, n'appelle personne... et part travailler, me laissant inconsciente et seule... je suis sortie progressivement de mon coma ... pendant 3 jours, je ne savais pas très bien s'il était là ou non... et j'errais comme je pouvais dans la maison où il m'avait enfermée "pour ma sécurité"... lorsque j'ai repris assez d'esprit pour parler normalement, je suis allée voir mon médecin... qui m'a donné l'ultime force de dépasser ma honte, de saisir le peu de vie qui me restait encore et de lui donner son congé définitif par téléphone, alors qu'il était à son travail "ne revient plus jamais...ta fille reste ta fille, mais moi, tu m'oublies..."... Il était sorti de ma vie....

marie
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